Malgré les visites de Kofi Annan et de Colin Powell, la crise humanitaire qui ravage l'ouest du Soudan s'aggrave. D'autant que les autorités n'hésitent pas à déplacer les réfugiés pour masquer l'ampleur du drame. 3 000 personnes qui vivaient encore là la veille avaient disparu. Il ne restait qu'un champ boueux et quelques soldats. Les Soudanais avaient été déplacés à la sauvette dans la nuit et dans la matinée, explique Jan Egeland, le vice-secrétaire général des affaires humanitaires de l'ONU. Ils ont été mis dans des camions du gouvernement et "apparemment jetés" à l'entrée du camp d'Abou Chouk, à 20 kilomètres de là, un camp déjà surpeuplé où 40 000 personnes s'entassent sur un morceau de désert. Une équipe de l'ONU a confirmé cette information. D'après le ministre des Affaires sociales soudanais, Ahnoun Mohammed Ebrahim, on a évacué ces hommes et ces femmes pour les protéger d'éventuelles inondations et des épidémies, fréquentes dans cette région à la saison des pluies. "Nous évacuons des gens tous les jours", a expliqué M. Ebrahim aux reporters, ce à quoi M. Egeland rétorque qu'il "ne [voit] pas pourquoi ils ont été déplacés. Ils seront sûrement de retour dès ce soir." Des fonctionnaires de l'ONU ont reconnu que des pluies pouvaient menacer la région, mais selon eux le gouvernement savait que le camp d'Abou Chouk était déjà débordé. Ce mouvement de réfugiés n'a fait que confirmer les soupçons des travailleurs humanitaires, qui pensent que le gouvernement essaie par tous les moyens de camoufler l'étendue de la crise du Darfour dès que des instances internationales viennent en visite officielle. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, qui a visité le camp d'Abou Chouk le 30 juin dernier, a déclaré qu'il n'était pas dupe. Lors d'une conférence de presse donnée après sa visite, il a exigé le démantèlement des milices arabes, les janjawid, et demandé au gouvernement de Khartoum de prendre des mesures pour mettre un terme à leurs exactions. La crise a en effet des répercussions au-delà des frontières soudanaises, puisque environ 150 000 réfugiés soudanais ont quitté le Darfour pour se rendre au Tchad. La question des terres est l'une des principales causes de la violence qui sévit dans la région du Darfour. Les tribus d'agriculteurs africains sont depuis longtemps en conflit avec les tribus arabes, qui sont en majorité des éleveurs de dromadaires. Le conflit actuel a débuté quand deux groupes africains ont attaqué des installations militaires, début 2003, accusant le gouvernement arabe de ne rien faire pour le développement de la région. Le gouvernement a répondu en armant les milices arabes et en bombardant les villages, ce qui a conduit à l'exode de civils. Des associations des droits de l'homme disent que, 30 000 personnes auraient été tuées dans le conflit. "Les massacres ont pris fin. Mais les assassinats et les viols n'ont pas cessé. Les armes sont la seule chose qu'il y ait en abondance au Darfour", a déclaré Jan Egeland aux journalistes qui suivaient la délégation. Si le gouvernement soudanais ne désarme pas les milices, la crise pourrait "continuer éternellement. Les prochains mois seront décisifs pour le Soudan".